Le mystère de la croix
Imaginons que demain, Dieu apparaisse simultanément dans le ciel de toutes les capitales du monde. Même image. Même message. Même phénomène observable par tous.
Est-ce que cela supprimerait la liberté humaine ?
On pourrait reconnaître que quelque chose d’extraordinaire s’est produit, sans pour autant aimer Dieu, lui faire confiance, changer de vie ou lui remettre son existence. Les démons, dans la théologie chrétienne, savent que Dieu existe. Pourtant ils ne sont pas dans la foi.
Autrement dit, la preuve n’engendre pas automatiquement la confiance.
Ainsi, lorsque saint Jean écrit : « Le Verbe s’est fait chair », Le mot grec original est Logos (λόγος), et aucun mot français ne le traduit parfaitement. Logos peut signifier la parole, le discours, le sens, l’intelligence divine.
Autrement dit « La parole divine de Dieu s’est transformée en homme » et dès l’Incarnation la vie du Christ est déjà marquée par cette humilité. Les miracles manifestent sa puissance, mais il n’en fait pas un instrument de domination. Ils peuvent être vus, contestés, interprétés ou rejetés et peuvent conduisent certains à la foi et d’autres à l’hostilité.
Dans le désert, il refuse de transformer les pierres en pain pour prouver qui il est ; il refuse de se jeter du haut du Temple pour impressionner les foules ; il demande aux bénéficiaires d’un miracle de ne pas le divulguer ; devant Pilate, il ne déploie aucune puissance pour se sauver ;
La question revient souvent dans les Évangiles : « Si tu es le Fils de Dieu, prouve-le. » L’homme cherche spontanément des preuves, des signes, du spectaculaire, or, Dieu choisit de se révéler dans une forme de discrétion qui laisse intacte la liberté humaine.
Saint Paul dira « Ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes. » L’humilité du Christ n’est pas seulement le fait de devenir homme, c’est aussi le refus constant d’utiliser sa puissance pour contraindre l’adhésion.
L’ange annonce à Marie qu’elle portera le Fils de Dieu. Marie répond :
« Qu’il me soit fait selon ta parole. » (Luc 1,38)
C’est ce que l’on appelle le Fiat (« qu’il soit fait » en latin).
Le mystère de la croix devient possible parce que Dieu s’est fait homme.
Sans l’Incarnation (« le Verbe s’est fait chair »), il n’y aurait pas de Passion ni de Croix.
Marie est au pied de la Croix, elle pourrait se révolter, refuser, se détourner. Pourtant, elle reste.
La Croix accomplit le Fiat.
L’humilité n’est pas seulement de dire oui à Dieu quand tout va bien ; c’est de continuer à lui faire confiance lorsque l’on ne comprend plus. C’est précisément ce qui relie le Fiat, la Croix et l’humilité.
Dieu entre lui-même dans la condition humaine.
Le Christ connaît la fatigue ; l’amitié ; la trahison ; la peur ; la souffrance et la mort.
Le signe le plus grand devient ce qui, extérieurement, ressemble à un échec.
La foi demande une confiance et un abandon, pas une preuve.