Les quatres vertus cardinales
Prudence
Le sens de cette vertu maîtresse a été édulcoré, la réduisant à l’art d’éviter les dangers. Or, cet aspect de précaution voire de frilosité, reste très secondaire. Il s’agit plutôt de l’art de se gouverner afin d’être respectable et respecté, reposant sur une connaissance, une compétence et un savoir être qui mènent à agir intelligemment et posément. Les paroles et les actes de l’être prudent sont alors guidés par la clairvoyance, la prévoyance, la sagacité, la
finesse, la délicatesse, la discrétion, et le jugement droit. Signe d’un équilibre harmonieux, d’une habileté dans l’action, cette vertu héritée de la classification stoïcienne (elle n’apparaît pas clairement dans la
Bible) génère le bonheur, certes relatif ici-bas, mais qui laisse entrevoir la béatitude promise.
Justice
il n’y a pas de justice dans l’amour que je donne (que je rends) à Dieu, car cet amour ne sera jamais égal à l’amour qu’Il me donne. Or, selon la vertu de justice, le bien dû (la dette) doit être
rendu selon l’égalité. Il en va de même pour la vertu de piété filiale, qui guide mes relations envers tous ceux qui ont participé à mon éducation : je reste un
débiteur insolvable envers les êtres qui m’ont donné la vie et l’éducation, qui sont mon principe et mon origine, et à qui je rends
bien peu de choses. Je peux même étendre humblement cette vertu de piété jusqu’aux prêtres qui me donnent la vie éternelle par les sacrements (vertu de religion). La justice n’est pas non plus rendue dans la vertu d’observance d’une
consigne, puisque, certes, je réponds à un ordre, mais ne peux l’accomplir qu’imparfaitement. A la limite, l’obéissance peut se
rapprocher de la vertu de justice, puisqu’elle ne se résume pas à des
actes mais s’incline devant une personne supérieure (à l’image de l’obéissance du Christ, en tant qu’homme, vis-à-vis du Père).
Force
Vertu de courage, dont le siège est également l’appétit sensible, la force permet de surmonter les obstacles, de résister aux tentations,
d’adopter des résolutions, de contrôler la partie irascible de l’âme, cette faculté par laquelle l’homme s’emporte et s’irrite. Elle affermit l’âme dans la poursuite du bien difficile, sans se laisser ébranler par la peur, pas même celle de la mort. D’après Marcel De
Corte, « La force inclut une certaine peur dominée et par là rendue capable, chez celui qui la ressent et la surmonte, de ne point reculer devant ce qu’il y a d’ardu dans son objet, tout en lui maintenant sa
grande difficulté. »
Tempérance
La tempérance ne consiste pas en une suppression des
plaisirs, mais en leur modération raisonnable. Soucieuse de faire
correspondre ses appétits sensibles à ce pour quoi ils ont été créés, la personne tempérante essaie de les ordonner afin d’atteindre un équilibre dans l’utilisation des biens terrestres, avec le respect de la fin pour laquelle ils lui ont été donnés. La tempérance incite donc à une consommation raisonnable et raisonnée des biens et services en général. Elle est un attachement à la sobriété, l’honnêteté, la prudence.
Extrait du livre de Eric VEZIAT Les vertus chrétiennes
Voies exigeantes et voix discordantes